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Théâtre. La compagnie fête ses dix ans avec l’envie de grandir encore. « En attendant » veut passer sur grand plateau.
Article du Bien Public - 20/01/12 par Philippe Croly

L’envie de partager des aventures, de faire circuler les émotions, voilà le fil conducteur de cette compagnie basée à Dijon et qui veut s’enraciner encore plus en Bourgogne.
Elle vient d’arriver au bout de sa première décennie. Dans le domaine du spectacle, c’est ¬déjà un âge respectable. Dans la catégorie où elle “boxe”, c’est aussi et surtout un exploit. A côté des grandes structures, la compagnie en attendant... assume son dimensionnement plus modeste, mais doit lutter pour survivre. « La compagnie est à un tournant, elle doit passer dans une nouvelle catégorie », reconnaît d’ailleurs son fondateur et metteur en scène, Jean-Philippe Naas.
Son but ? Ne plus être aidé seulement au projet, mais être conventionné pour trois ans et avoir ainsi les moyens de mener à bien ses projets.
« C’est important car, outre ce que nous produisons actuellement, nous travaillons sur des spectacles que nous finaliserons en 2014-2015. », explique-t-il.
Pour obtenir ce conventionnement, en bonne voie auprès de la ville de Dijon et en attente auprès de la DRAC, la compagnie ne manque pas d’arguments. Depuis dix ans, elle a multiplié les créations, jouées en Bourgogne mais aussi partout en France, notamment sur les deux grosses scènes nationales que sont La Rose des vents à Villeneuve-d’Ascq et La Filature à Mulhouse. Sur Dijon, c’est l’ABC qui l’a soutenue et lui a, en grande partie, permis de mener à bien un travail qui parle beaucoup du corps, de la construction de soi et du rapport à l’autre.
Ses choix ne correspondent pas toujours aux normes du milieu théâtral.
« Les cercles d’initiés, ça m’ennuie car je conçois la création comme un échange », analyse Jean-Philippe Naas. Un échange qui se fait beaucoup avec les enfants. «  Derrière le travail de création, il y a aussi un travail démocratique, pour donner la parole aux gens et faire qu’ils soient confrontés au théâtre », estime le metteur en scène. « La responsabilité d’artiste, c’est de travailler à la source, c’est pour ça que nous faisons beaucoup d’interventions dans les écoles. Nous rencontrons une angoisse énorme chez les élèves. Or, on ne peut pas apprendre quand on est mal dans sa peau. Il faut être bienveillant avec eux et c’est ce que nous essayons de faire. »
Des résidences à Dijon ou Pontailler-sur-Saône, dans des collèges ou lycées, une rencontre avec les enfants de l’IME Sainte-Anne de Dijon, une prestation au musée des Beaux-Arts de Dijon avec 90 collégiens et 13 musiciens : tous ces moments ont nourri le travail des artistes, participé à la genèse des spectacles suivants.
L’échange est aussi au cœur du processus de création, notamment avec d’autres disciplines : la danse contemporaine, le yoga, le sport, la musique, l’écriture, le dessin. Ici, pas de route toute tracée. Certains spectacles s’appuient sur des textes d’auteurs (Moravia, Yourcenar, Barthes, Musset), théâtraux ou non. D’autres sont muets. D’autres encore font appel à la vidéo. Tous ont en commun une attitude minimaliste destinée à solliciter l’imaginaire des spectateurs. Le plateau est souvent presque nu, le silence et la lenteur ne font pas peur.
De l’échange à l’amour, il n’y a qu’un pas, celui que franchit régulièrement Jean-Philippe Naas tant ce thème lui paraît essentiel à interroger dans notre société qui malmène tant ce sentiment : « En se penchant sur le sujet, on s’aperçoit que l’amour est une prise de risque et qu’il est menacé car nous sommes dans une société qui veut tout sécuriser. » Le propos est exigeant, mais passionnant. C’est celui d’une compagnie qui porte bien ses dix ans et fourmille d’idées pour grandir encore.